NAPOLÉON Ier (1769-1821) Empereur. MANUSCRITS…

Lot 902
80 000 - 100 000 €

NAPOLÉON Ier (1769-1821) Empereur. MANUSCRITS…

NAPOLÉON Ier (1769-1821) Empereur.
MANUSCRITS dictés au général BERTRAND, avec CORRECTIONS ET ADDITIONS autographes, pour son Essai sur la fortification de campagne, Sainte-Hélène 1818-1819 ; environ 175 feuillets in-fol. répartis en 4 liasses, soit plus de 300 pages.

Important ensemble de dictées et notes de travail pour l’élaboration d’un ouvrage sur l’art militaire, abondamment corrigé, et en grande partie inédit : l’Essai sur la fortification de campagne, avec des croquis, et un intéressant récit sur la Campagne de Russie.
L’Essai sur la fortification de campagne, publié en 1869 au tome XXXI de la Correspondance d’après une copie communiquée par le général Henry Bertrand, est très différent des textes ici présentés, dont il ne reprend que quelques éléments.
Bertrand notait ces dictées au crayon ou à l’encre, sur de grands feuillets de papier vergé anglais (filigranés D & C° 1813, Iping 1813, Golding & Snelgrove 1815, G R 1815, T. Edmonds 1816, etc., et la « Britannia »), souvent à l’aide d’abréviations, puis il les mettait au net et les soumettait à l’Empereur qui y apportait des corrections et additions. L’ouvrage a d’ailleurs été élaboré avec l’aide de Bertrand, général du génie, réputé pour ses compétences dans le domaine de l’artillerie et des fortifications ; une partie de cet essai est consacré à VAUBAN. Certaines notes sont également dictées au valet de chambre et secrétaire Louis Marchand. Ce manuscrit est illustré de 42 dessins ou croquis, dont deux spectaculaires « profils » de fortification dépliants établis par l’Empereur, des profils de fortification et diagrammes cotés, une trentaine de vues en coupes de fortifications de campagne (tranchées et talus), et quelques diagrammes cotés en relation, à l’encre ou au crayon… Ces manuscrits, mis en liasses par un ruban rose scellé du grand cachet de cire rouge aux armes de Bertrand et paraphés le 28 juin 1869 par le général Henry Bertrand fils, ont été confiés à la commission de la Correspondance de Napoléon.

La liasse n° 1 comprend 2 grands feuillets dépliants (env. 95 cm) de profils de fortifications, le premier entièrement annoté par Napoléon, et 4 autres feuillets de figures avec des calculs de Napoléon. Suivent les dictées des 21 avril 1819 (Fortif. de campagne. « On employe pour fortifier une position ou un camp de la terre avec laquelle on fait des coffres et où on creuse des fossés »…), 23 avril (2e partie. Des Profils, avec 2 ff. de profils et calculs), 25 avril (avec quelques notes et calculs de Napoléon) et 28 octobre (Fortif. de campagne. II. « Les fortif. de camp. sont de 2 espèces »…).
La liasse n° 4 comprend les dictées des 29 novembre (3e dictée. Fortif. de camp. III. « Les ouvrages de campagne sont faibles parce qu’ils ne peuvent pas être revêtus ; parce qu’ils ont peu de relief »…), 1er décembre (Fortif. de camp. 4e Dictée. « Si l’arm. veut renv. le comb. d. son camp elle s’y trouve avantag. placée »…), 25 et 27 octobre (sur les profils) ; puis la rédaction non datée d’un Mém. sur la fortification de campagne (« Vauban a donné 6 profils »…, 4 ff.) ; 25 novembre (Des fortifications de campagne. Ière « Les fortifications de campagne sont elles bon à quelquech doit-on les employer pour fortifier les camps ? »…, 11 ff.) ; suivent diverses notes et observations sur les profils, dont des Observations sur les profils de Vauban et des calculs au dos de notes sur l’Expédition du Portugal. À la fin de ce dossier, on trouve des « suites » des chapitres II, III et V, dictées à Marchand, avec de nombreuses corrections et notes de la main de Napoléon, notamment deux longues additions dans les marges sur la préparation du camp et le travail des terrassiers : « Ces 156 ttt [toises cubes] constituent le premier état du camp. Si au lever du soleil le camp est attaqué, les redoutes seront en état. Un sistème de 5 rangs de feux, un bon fossé, un épaulement de 4 p. [pieds] d’épaisseur à l’abri des petites armes, un fossé perdu, des trous de loup, un abattis couvert par un avant-fossé » etc.
La liasse n° 5 a été commencée le 27 juillet 1819, avec le chap. 2 (Des ouvr. de camp. Profils de Vauban. « L’objet des ouvrages de campagne est de mettre l’armée à couvert des feux des batteries ennemies et de placer avantageusement l’artillerie, 3° de créer des obstacles qui retardent la marche de colonnes assaillantes, les retient sous un feu meurtrier, les rompent et les obligent à renoncer à leur attaque et cela sans obstruer le champ de bataille »…) puis le chap. 3 (De la défense des ouvrages de campagne. « On a beauc. varié sur la man. de défendre les retr. de camp. »…) ; à la suite de ces 19 ff., une dizaine de feuillets de notes et problèmes, notamment de discussion des hypothèses et réflexions de Bertrand, et à la fin une longue note autographe avec des calculs de Napoléon.
La liasse n° 6 s’ouvre sur le plan de l’Essay sur la fortif. de camp. en 7 chapitres, et la rédaction des chap. 1 (sur les fortifications de campagne de Vauban) et 2 (Système de fausse braye) ; au f. 9, une page au crayon de la main de Napoléon esquissant le plan de l’ouvrage, et rédigeant le début du chapitre sur Vauban ; suivent le chapitre sur le Camp d’un régiment, et les dictées des 3 septembre (« Une place étant supposée inscrite dans un cercle de 1600 t. de diamètre les lignes de contreval se placent selon Vauban »…), 5 septembre (« Une armée qui veut assiéger une place forte a à combattre 1° l’armée de secours 2° la garnison de la place forte 3 les fortificat. de la place »…), 30 septembre (Fortif. 5000 h.), 2 octobre (Profils de Vauban), 22 octobre (« Les profils que j’adapte sont le n° 2 n° 6 et la Barbette »…), 24 octobre (Ligne de circonvallation), des notes sur les Ouvrages de campagne (« On a souvent besoin d’abattre des forêts soit pour découvrir le front d’un camp ou d’une position »…) et le Petit profil (dictée du 9 août 1819, avec deux profils dessinés par Napoléon accompagnés de calculs de sa main), et une dictée du 20 juillet 1818 (« Si on se résout à baisser le prof. de la 3e R. de 9 pouces, la banquette sera »…). Viennent ensuite une série de réflexions intitulées Retraite, sur la retraite de Russie ; puis des notes diverses sur les fortifications, notamment les fausses braies.
Cette « dictée » Retraite, aux feuillets 63 à 69 de cette 6e liasse, est d’un grand intérêt : Napoléon y répond aux critiques sur la campagne de Russie formulées par le général Joseph ROGNIAT dans ses Considérations sur l’art de la guerre (1816). L’Empereur donne ici des précisions sur l’organisation de la logistique (hôpitaux, communications, etc.), l’état d’esprit de la population russe, la prise de Smolensk, la marche sur Moscou et son incendie, la bataille de Maloïaroslawetz, et il désigne l’hiver russe comme son seul vainqueur, affirmant que la campagne aurait pris un tour différent si elle s’était déroulée trois mois plus tôt. C’est la première version de la 13e des 18 notes sur l’ouvrage de Rogniat publiées dans les Mémoires pour servir à l’histoire de France, sous Napoléon, écrits à Sainte-Hélène (1823, t. II, pp. 96-120), puis dans la Correspondance (t. XXXI, 1869, pp. 455-469). Nous ne pouvons en donner ici que quelque extraits (en développant les abréviations) : « Il y avait des hôpitaux sur toute la ligne, il y en avait pour 5000 personnes à Smolensk, un autre à Dorogobuj, un autre à Gjat, un autre à Mojaïsk, de très considérables à Moscou. Pas un malade, pas un homme isolé, pas une estafette, pas une communication, pas un convoi n’ont été pendant la campagne enlevés depuis Smolensk jusqu’à Mayence. On n’a pas été un jour sans recevoir de nouvelles de France. On a tiré à la bataille de Smolensk plus de 60 mille coups de canon, le double à la bataille de la Moskowa. Les consommations étaient considérables tous les jours, [...] en partant de Moskou chaque pièce était approvisionnée à près de 400 coups. On eut une telle surabondance de munitions et de caissons qu’on en brûla 500 dans le Kremlin, on détruisit plusieurs centaines de milliers de poudre et plus de 60 mille fusils. Les munitions ne manquèrent donc jamais. […] C’est bien mal connaître la Russie que de supposer que les habitants prennent part à la guerre. Les habitants sont esclaves. Les seigneurs qui avaient des terres dans l’intérieur craignant la révolte, conduisirent leurs paysans dans leurs autres terres de l’intérieur de l’Empire. [...] La marche de Smolensk à Moskou était fondée sur le principe que l’empereur, pour sauver cette capitale, livrerait une bataille, qu’il serait battu, que Moskou serait prise et que le tsar, pour sauver cette capitale ou pour la délivrer, ferait la paix […] L’idée d’incendier cette ville de 300 mille âmes, presque aussi étendue que Paris, n’était pas considérée comme une chose possible. En effet, il était plus raisonnable de faire la paix que de se porter à une telle barbarie. L’armée russe livra bataille à 3 jours avant d’arriver à Moscou, elle fut battue. L’armée entra dans la ville. Pendant 48 heures elle fut maîtresse des richesses immenses de cette cité. […] Ce fut alors que 8 ou 900 personnes préposées de la police, chargées de la garde de la ville et des pompes, profitèrent d’un vent violent qui s’élevait, mirent le feu à tous les quartiers. […] L’armée lutta quelques jours pour éteindre le feu inutilement. Tout fut brûlé. […] l’empereur préféra d’abord aller passer l’hiver à Smolensk sur les confins de la Pologne, sauf au printemps à marcher sur Saint-Pétersbourg. Il commença par attaquer et battre de nouveau l’armée de Kutusov à Maleoradowits [Maloïaroslawetz] et de là fit son retour sans aucun obstacle, lorsque les glaces, les neiges et le froid détruisirent tous les chevaux, ce qui obligea d’abandonner les charrois et fut la cause des désastres de la marche sur Smolensk, car elle ne doit pas s’appeler une retraite puisque l’armée était victorieuse »... Etc.
Les feuillets non liassés proviennent des liasses 2 et 3 en partie démembrées. 4 feuillets de la main de Bertrand, d’une écriture plus tardive, sont la mise au net des corrections de Napoléon.
Provenance
Archives du général comte BERTRAND (2e vente, 8 juin 1983, n° 89).
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