BORGES José Luis (1899--1986). MANUSCRIT…

Lot 415
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BORGES José Luis (1899--1986). MANUSCRIT…

BORGES José Luis (1899--1986).
MANUSCRIT autographe signé « Jorge Luis Borges », Cuentos del Turquestán, [1926] ; 8 pages in-4 (220 x 170 mm) à l’encre noire sur 8 feuillets réglés extraits d’un cahier d’écolier (petit trou d’attache dans le coin sup. gauche) ; en espagnol.

Beau texte sur des contes du Turkestan, typique de l’art de Borges, mélange de rêverie, d’érudition et de spéculation philosophique.
Chronique publiée dans le journal de Buenos Aires La Prensa (29 août 1926), recueillie dans Textos recobrados 1919-1929 ; elle semble inédite en français. Le manuscrit, écrit avec soin à l’encre noire sur des feuillets réglés extraits d’un cahier d’écolier, compte 32 mots ou passages biffés ou corrigés à l’encre.
Son point de départ est un livre de contes du Turkestan par Gustav JUNGBAUER, Märchen aus Turkestan und Tibet (Iena, 1923), traduits en allemand d’après le texte russe de Nikolai OSTROUMOV.
« Estos cuentos de que hablaré, son oriundos de las dos regiones del Rurquestán. Fueron contados en el Norte, tierra des espaciada llanura, alrededor de las fogatas de bosta de camello que arden en los campamentos Kirghises ; fueron contados en el Sur, tierra de arrozales y acequias, por cuenteras profesionales en los bazares, entre la atención redonda y gustadora de los oyentes ; fueron traducidos, primera al ruso, por Ostrumof, y de allí al alemán, por el doctor Gustavo Jungbauer ; fueron publicados en Jena el año 23, y, finalmente, después de esos conventilleos etnicogeográficos del destino, cayó un ejemplar a mi casa, fácilmente el único en la ciudad »…
Il ne s’agit en aucune façon d’un compte rendu ou d’une recension. Comme la plupart du temps chez Borges, la chronique est le simple point de départ, ou le cadre formel, de la spéculation et de la rêverie. Dès le premier paragraphe, qui retrace l’origine du volume, le ton est donné : « Qu’un Argentin parle, et même par écrit, de la version allemande de la traduction russe de contes imaginés au Turkestan, c’est encore un effet de la magie supérieure de ces contes – qui amplifie la multiplicité du temps et de l’espace et qui appelle presque à la métaphysique »… Borges donne une idée des légendes et de l’atmosphère du livre. Sa description, mi-fascinée mi-amusée, est en elle-même une page d’anthologie : « Les dragons de cette mythologie asiatique ressemblent fort à ceux de l’incrédulité européenne : ce sont des serpents interminables, l’épée des héros leur coupe la tête et leur mission est de mourir sous leurs crocs affamés – en attendant, ils habitent dans le désert, se terrent dans le sable des ruisseaux asséchés ou grimpent sur les collines pour y goûter l’humidité des nuages. Les génies sont le yin de la croyance musulmane : Dieu le Miséricordieux les a fait engendrer par un tigre et une louve de feu dans le dernier sous-sol de l’enfer ; quelques-uns se sont convertis à l’islam, d’autres non. Ils peuvent prendre la forme qui leur convient : ils se déguisent en hommes, en ânes, en caniches, en flammes et parfois en voitures. Ils établissent leur demeure dans les fours, dans les maisons en ruine, dans les décombres, dans les bains, dans les citernes, dans les foyers d’ordures »… La notion du temps qui se dégage de ces contes est l’occasion d’un parallèle avec SHAKESPEARE et JOYCE : « Dans ces récits chimériques du Turkistan, le temps n’est pas simplement dilaté : il s’agit d’une aisance de rêverie. Shakespeare, suivant sa propre métaphore, fit tenir les événements de plusieurs années dans un tour de cadran ; Joyce, dans un geste apaisant, ralentit la fugacité du temps et déploie sur sept cents pages prolixes la journée d’un homme. Le temps qui gouverne nos contes n’est ni le précipité de Shakespeare ni le maniaquement étendu de James Joyce – c’est un temps indéfini, léger, qui ne pèse pas sur les faits et dont nous ignorons s’il doit être mesuré en jours ou en années – en calendriers ou en crépuscules »… La fin du texte introduit une réflexion de portée philosophique sur la causalité, la magie et nos propres préjugés rationalistes : « Le merveilleux et le quotidien se mêlent, et il est manifeste que, pour le narrateur, aucune hiérarchie ne vient les séparer ou de les classer. Il y a des anges, de la même manière qu’il y a des arbres : c’est une des réalités du monde. La magie est un épisode causal, c’est un type de causalité comme bien d’autres. Pour tuer un homme à distance, on peut le transpercer d’une flèche ; mais on peut tout aussi bien pétrir une statuette d’argile à sa ressemblance et la transpercer jusqu’à ce que son modèle meure. Nous autres, qui avons perdu la foi au sortilège, et qui, même si nous l’acceptions, ne manquerions pas de distinguer subtilement son efficacité surnaturelle des effets naturels entraînés par une loi connue, nous affirmons que les jeteurs de sorts se trompent, qu’il n’y a rien de commun entre notre image et nous, mais cependant, nous nous croyons offensés si en proférant notre nom, qui n’est qu’un mot, on y associe un autre mot d’injure. Nous parlons de lois naturelles, et tout lecteur d’Edward Carpenter ou d’Ernst Mach sait que ces lois ne sont rien d’autre que des fictions munificentes que nous avons nous-mêmes inventées. […] Leur vie est voisinage de mythe, de rêve, de toute possibilité. C’est pourquoi je me suis accroché à leurs contes, pour me sentir étranger dans la vie, pour me la rendre étrangère, pour feindre d’en avoir la nostalgie ».
« Su vida es cercanía de mito, de soñación, de cualquier eventualidad. Por eso me he arrimado a sus cuentos, par sentirme forastero en la vida, para extrañármela, para jugar a la nostalgia con ell. »
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