ALAIN Jehan (1911-1940). MANUSCRIT MUSICAL…

Lot 1101
20 000 - 25 000 €
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ALAIN Jehan (1911-1940). MANUSCRIT MUSICAL…

ALAIN Jehan (1911-1940).
MANUSCRIT MUSICAL autographe signé, Trois Pièces pour grand orgue (1938) ; 3 cahiers in-fol. avec pages de titre : [1]-9, [1]-5 et [1]-10 pages.

Précieux manuscrit de trois importantes œuvres pour orgue, dont le grand chef-d’œuvre des Litanies.
Ces Trois Pièces pour grand orgue comprennent Le Jardin suspendu [JA 71], écrit en octobre 1934, les Variations sur un thème de Clément Jannequin [JA 118] et les Litanies [JA 119] composées en 1937. Elles furent créées par Jehan Alain lui-même à Paris, en l’église de la Trinité, le 17 février 1938, et ont été publiées chez Alphonse Leduc en 1939.
Le manuscrit est soigneusement noté à l’encre noire sur papier à 16 lignes, avec des indications très précises de registration ; on relève quelques traces de grattages pour correction. Il comprend successivement :
I. Variations sur un thème de Clément Jannequin (titre et 9 pages), marqué au début Affeto ;
II. Le Jardin suspendu (titre et 5 pages), dont le sous-titre « ou la vision de l’idéal fugitif » a été biffé sur la page de titre et en tête de la pièce ;
III. Litanies (titre et 10 pages) ; sur la page de titre, Jehan Alain a inscrit cette épigraphe : « Quand l’âme chrétienne ne trouve plus de mots nouveaux dans la détresse pour implorer la miséricorde de Dieu, elle répète sans cesse la même invocation avec une foi véhémente. La raison atteint sa limite. Seule la foi poursuit son ascension ».
Jehan Alain a trouvé la chanson de Jannequin qui sert de thème aux Variations dans un recueil de Weckerlin appartenant à sa grand-mère ; c’est, selon Marie-Claire Alain, « un hommage rendu aux maîtres anciens français qu’Alain admirait et pratiquait. Après une exposition de la chanson en manière de Récit de Hautbois, vient une variation en mode majeur : Récit de Cromorne. Le fugato suivant fait alterner Récit de Cornet et Tierce en taille. Un canon à trois voix prépare la conclusion en douceur ».
Le Jardin suspendu, c’est « l’idéal perpétuellement poursuivi et fugitif de l’artiste, c’est le refuge inaccessible et inviolable », avait écrit Alain en tête d’un manuscrit primitif. La pièce est construite, écrit Marie-Claire Alain, « sur un ostinato de douze mesures. Il y a cinq présentations de cet ostinato, varié chaque fois de manière différente » : exposition, reprise modulante, contrepoints en gammes, contrepoints en triolets arabesques cadentielles, et conclusion. « Une atmosphère de rêve baigne cette pièce solidement charpentée ».
Composées en août 1937, les Litanies comptent 77 mesures, et ne comportent pas de mesure chiffrée, juste des barres de mesure encadrant des groupes de notes plus ou moins réguliers, la plupart de 16 croches. Marie-Claire Alain commente : « Le caractère obsessionnel du grand thème en mode de ré transposé sur mi bémol s’impose dès le début, scandé de battues irrégulières : 3+5+2+4+2. Jehan recherchait une musique “magique”. Les Litanies se veulent envoûtantes. L’auteur y reprend certains passages d’une Fantasmagorie composée quelques années plus tôt, pièce écrite dans un train, dont les roulements irréguliers inspirèrent les rythmes contrastés du deuxième élément thématique. C’est bien le paradoxe d’Alain que d’opposer dans la même œuvre le comique au tragique. Mais très bientôt l’élément tragique redevient dominant et il s’impose jusqu’au paroxysme final. Trois semaines après l’achèvement des Litanies, notre sœur Marie-Odile trouvait la mort dans un accident de montagne » ; à la suite de ce drame, Jehan Alain rédigea l’épigraphe qui figure en tête de la partition. Jehan Alain confiait à son ami Bernard Gavoty : « Il faudra, quand tu joueras ça, donner l’impression d’une conjuration ardente. La prière, ce n’est pas une plainte, c’est une bourrasque irrésistible qui renverse tout sur son passage. C’est aussi une obsession : il faut en mettre plein les oreilles des hommes… et du bon Dieu ! » Gavoty ajoutait : « Aujourd’hui, l’œuvre est célèbre dans le monde entier, à juste titre, car elle compte parmi les plus géniales qui aient été écrites pour l’orgue ».
Discographie : Marie-Claire Alain, dans l’intégrale de l’œuvre pour orgue de Jehan Alain (Erato 2000).
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