GOUNOD CHARLES (1818-1893)

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GOUNOD CHARLES (1818-1893)

L.A.S., Meudon 27 septembre 1844, à son ami Gabriel de VENDEUVRE; 5 pages in8 remplies d'une petite écriture serrée.
Magnifique et longue lettre sur la musique et sur sa vocation religieuse.
Gounod est très sensible au tendre intérêt que lui porte Vendeuvre et le considère comme un envoyé tout spécial de la Providence... Il a passé l'été à Meudon où il a loué «une petite bicoque» près du chemin de fer pour pouvoir se rendre facilement à l'église des Missions Étrangères, dont il est le maître de chapelle, mais une maladie inflammatoire l'en a tenu éloigné tout un mois. Il a cependant produit une assez grande quantité de nouvelles compositions: «C'est de musique sacrée que je me suis spécialement occupé et que je m'occuperai même désormais uniquement. Cette pauvre musique sacrée est depuis assez long-tems délaissée pour que des âmes un peu charitables viennent l'exhumer et la ressusciter: je crois que l'heure est venue. L'homme a depuis plus d'un siècle assez activement remué le sol des passions et de la sensualité brute; à nous maintenant de sillonner celui de vrais sentiments de l'âme et de lui montrer que sa route est plus haut. C'est assez vous dire que j'ai complètement renoncé à la carrière dramatique»... Il fait part de sa détermination à embrasser définitivement l'état ecclésiastique, tout en demandant le plus fidèle secret. Ses sentiments religieux n'ont fait qu'augmenter de jour en jour: «plus je me suis rapproché de Dieu plus j'y ai senti d'attrait: puis de vivre auprès de lui j'en suis venu à désirer de vivre en lui [...] J'ai cru me sentir appelé au ministère ecclésiastique [...] et me voici maintenant amené à ne pouvoir plus me refuser à cet appel. C'est une grâce immense que Dieu me fait là: il m'y a conduit comme par la main [...] me laissant en quelque sorte grandir sous le soleil des sentiments jusqu'à ce que je fusse capable d'être éclairé par celui des idées de la foi»... Puis il se livre à quelques réflexions «sur le temps que me demanderont mes études philosophiques, ma théologie, et sur la préoccupation que me donnerait [...] le seul soin de répandre mon nom pendant des années qu'il est au contraire précieux de consacrer à la vie cachée, et dont il faut respecter le calme comme l'élément principal et essentiel du germe divin qui est déposé dans l'âme. [...] la seule mise au jour de ma musique m'amè­nerait infailliblement soit des relations nouvelles, soit la préoccupa­tion de critiques [...] enfin je serais ce qu'on appelle sur le tapis, et je n'y voudrais pas être encore. [...] C'est mon pain blanc que je vais manger en quelque sorte pendant ces quatre ou cinq années d'étude et de méditation qui précéderont mon ordination définitive dans le ministère. Une fois prêtre je ne retrouverai plus cette vie de repos et de recueillement dont toutes mes facultés ont si grand besoin pour se transformer en Dieu»... Cependant cette nouvelle existence ne va rien changer pour le moment à sa vie musicale: «je conserve mes fonctions de maître de chapelle continuant à entretenir mon église du répertoire de mes compositions [...] mes fonctions de maître de chapelle et l'exécution de ma musique dans mon église ne m'obligent à aucun rapport nouveau avec l'extérieur: j'y ai ma petite troupe toute prête à chanter ce que j'y apporte: de plus elle est formée sous ma direction au style que je veux donner, et moi-même chantant assez souvent ma propre musique à mon église, je désire que la première impression en soit reçue là»... Mais si ce but artistique religieux différait des voeux et des rêves que Vendeuvre avait formés pour lui, Gounod comprendrait très bien que sa bienveillante protection se porte sur d'autres artistes de mérite. Il ajoute qu'il a extrait «un petit catalogue composé de quelques unes de mes oeuvres» qu'il lui fera voir à son retour...
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