MAURIAC François (1885-1970) [AF 1933, 22e…

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MAURIAC François (1885-1970) [AF 1933, 22e…

MAURIAC François (1885-1970) [AF 1933, 22e f].
MANUSCRIT autographe signé « François Mauriac », [Discours de réception], 1933 ; cahier petit in-4 (25 x 19,5 cm) de 27 pages sur 23 feuillets (plus feuillets blancs), couverture de papier fort brun avec dédicace.

Brouillon très corrigé de son Discours de réception à l’Académie française.
[Élu le 1er juin 1933 au fauteuil d’Eugène Brieux, Mauriac fut reçu sous la Coupole le 16 novembre 1933 par André Chaumeix.]
Ce manuscrit, sur un cahier d’écolier dont les feuillets sont remplis d’une minuscule écriture à l’encre bleu-noir, présente de très nombreuses ratures et corrections, d’importantes additions dans les marges ou sur les pages en regard, des passages biffés ; une page présente deux petits dessins à la plume de visages.
Sur la couverture, dédicace à l’écrivain Paul BRACH (1893-1939) : « à Paul Brach amateur de brouillons – en affectueux souvenir François Mauriac Paris 16 novembre 1933 ».
Avant de faire l’éloge de son prédécesseur, l’auteur dramatique Eugène BRIEUX (1858-1932), François Mauriac rend un vibrant hommage à son maître Maurice BARRÈS.
« Messieurs Comme il n’existe pas, pour un écrivain, de plus grand honneur que celui d’être appelé à régner parmi vous, la joie qu’il éprouve à vous témoigner sa reconnaissance devrait être sans ombre. Mais faut-il que votre nouvel élu soit insatiable ! Il ne lui suffit pas de la promptitude avec laquelle vous l’avez accueilli. Tant d’illustres suffrages réunis sur mon nom ne sauraient qu’adoucir ma tristesse de ne pas trouver aujourd’hui pour m’accueillir à l’arrivée, celui qui, en quelque sorte, m’avait béni au départ.
Si l’on peut dire qu’un homme de lettres vient au monde avec son premier livre, en la personne de Maurice Barrès, votre compagnie s’est penchée sur mon berceau. Que dis-je ? Elle m’a, littérairement, donné l’être et la vie. Avant l’extraordinaire fortune qui m’échoit aujourd’hui, mes vingt ans avaient eu déjà le bénéfice d’une élection singulière, le maître le plus armé, que j’admirais au point de n’avoir pas osé lui adresser mon premier livre [Les Mains jointes, 1909], soudain je le voyais me distinguer dans une foule qui le pressait de toute part, s’approcher de moi, demeurer attentif à mes balbutiements. Et la merveille ne fut pas tant le témoignage public qu’il me donna de son estime que cette ambition dont je fus désormais possédé, de ne pas faire mentir un tel prophète, lorsque ayant écarté les frêles roseaux de mes poèmes, il assurait y découvrir une source.
Pour lui donner raison, pouvais-je faire mieux que d’avancer dans le chemin que m’avaient déjà frayé Sous l’œil des Barbares et l’Homme Libre, et qui, lorsque j’étais encore un adolescent tourmenté, au fond de sa province, m’avaient ramené à la vie intérieure de ma pieuse enfance par les détours enchantés d’une pensée et d’un art tout profanes ? Après ma mère chrétienne, qui avait tant souhaité de voir ce jour que je vous dois, après mes maîtres religieux, Maurice Barrès acheva de me persuader que le royaume qu’il nous faut atteindre est bien au dedans de nous. Sans ce fils de Pascal, tout ce qui est humain ne me fût pas devenu l’objet d’une curiosité à ce point ardente. C’est, en partie, grâce à ses leçons, que devant un homme aussi différent de moi qu’Eugène Brieux, et en dépit de ce qui nous séparait, j’ai éprouvé d’abord une sympathie, très tôt changée en un sentiment plus profond »…
L’Académie française au fil des lettres, p. 284-287.
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