ALDHELM (SAINT) (vers 639-709)

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ALDHELM (SAINT) (vers 639-709)

Évêque de Sherbourne, poète et érudit latin. Deux feuillets extraits du De laude virginitatis [De la gloire de la virginité]. En latin, minuscule insulaire (Southumbria), manuscrit orné sur parchemin [Sud de l’Angleterre (sans doute Glastonbury ou Worchester), vers 800]
Bifeuillet, dimensions de chaque feuillet : 180 x 135 mm, texte copié sur 22 lignes à l’encre noire, minuscule insulaire, texte sur une colonne, initiales et signes de paragraphe réhaussés de rouge (oxydation de la couleur), quelques corrections anciennes, 17 gloses (interlinéaires) en Anglo-Saxon (datables par Ker à la seconde moitié du Xe siècle) offrant des traductions de mots du texte latin, une grande double lettre « gl » ornée, quelques taches éparses, feuillets en général en bon état de conservation. Reliure de maroquin havane, signée C. & C. McLeish, dos à 5 nerfs, lettres en or “Aldhelm”, contregardes de parchemin, double filet en encadrement sur les contreplats, reliure conservée dans une chemise entoilée, emboitage de cuir et de toile (à noter qu’il était prévu deux compartiments dans cet emboitage : le second est vide). Témoin le plus ancien de ce texte, copié au cours du siècle qui suit la mort de l’auteur. Ces feuillets renferment 17 gloses (20 mots) en langue anglo-saxonne, datable au Xe siècle, traduction du texte latin. Aldhelm est né vers 639, un proche de Ine, roi de Wessex. Il fut éduqué à Malmesbury puis sera abbé du même lieu ; après 705 il sera élu évêque de Sherbourne. Il meurt en 709. Il fut reconnu par Bede et le Roi Alfred comme un érudit et jouit d’une grande réputation comme fondateur de monastères dans ce premier siècle de la Chrétienté anglaise. Il est persuadé que la connaissance ne devait pas être réservée aux seuls hommes : l’œuvre De laude virginitatis, qui exalte la virginité, était dédiée à l’abbesse de l’Abbaye de Barking. Il s’agit de son œuvre la plus aboutie et la plus reconnue.

Texte : Les manuscrits de ce texte sont rares. Il s’agit ici du témoin le plus ancien conservé, copié au cours du siècle qui suit la mort de l’auteur, antérieur au manuscrit de Würzburg (M.th.f.21) également du IXe siècle (Gwara, Aldhelmi, 2001, p. 85). Le manuscrit d’où proviennent les deux présents feuillets est sans doute à l’origine de toute la tradition textuelle en Angleterre avant la conquête. Les feuillets contiennent une partie des chapitres 47 et 49-50 relatives aux saintes Scholastique, Christine et Dorothée (fol. 1) et Eustochius, Demetria, Paula et Blesilla, ainsi que les passages relatifs aux passions des martyrs Chiona, Irène et Agape (fol. 2). Les leçons de ces feuillets relèvent de la « class I » de Gwara et les variantes conservent des particularités orthographiques remontant à l’orthographe d’Aldhelm lui-même (Gwara, Aldhelmi, 2001, p. 93 : [the minor variations in the text] “preserve orthographical peculiarities probably traceable to Aldhelm’s own spelling”). Ces feuillets contiennent de surcroît 17 gloses interlinéaires avec 20 mots en anglo-saxon. T.E. Marston évoque d’autres témoins de ce manuscrit conservés à Yale : “For centuries such manuscripts have been avidly sought by English collectors and scholars, and their scarcity is legendary” ; “Any manuscript which preserves so much as a phrase of original Anglo-Saxon is a noble relic” (Collins, 1976, p. 13). C’est à travers des manuscrits comme celui-ci que l’on est à même de reconstituer la genèse et prémices de la langue anglaise. La plupart des manuscrits contenant des éléments d’anglo-saxon (fragments, gloses éparses) sont conservées dans des collections à Londres, Oxford et Cambridge. En mains privés et hors Grande-Bretagne, les manuscrits contenant des éléments d’anglo-saxon n’existent pratiquement pas. L’enquête pionnière de Ker sur les manuscrits contenant des éléments linguistiques en anglo-saxon recense en 1957 neuf manuscrits en mains privées. Un témoin est perdu, et tous les autres ont depuis intégré des collections publiques. D’autres feuillets provenant du présent manuscrit démembré ne présentent pas de gloses en anglo-saxon. La datation de ces gloses au Xe siècle permet d’affirmer qu’elles appartiennent aux témoins les plus anciens : seul environ 1/5e des manuscrits en ancien anglais (Old English) sont datables avant le XIe siècle. Signalons un mot trouvé dans ce seul manuscrit : clangetug (fol. 2r, ligne 13), qui renvoie au « tumulte des Goths ».

Initiale ornée : Les lettres combinées “gl” de facture insulaire rappelle les lettres “Li” qui introduisent le mot “Liber” dans les manuscrits tels les évangéliaires anglais (voir Alexander, Survey of MSS Illuminated in the British Isles, 1, Insular MSS., 1978, pls. 52, 123 and 125), mais de meilleures comparaisons sont possible aussi. Le décor, avec des hastes montantes sous forme de hameçon (fishhook-like ascenders) et soulignés de petits points colorés, rappelle le décor d’un évangéliaire du VIIIe siècle conservé à Leipzig (Survey, no. 15, pl. 67), un commentaire du VIIIe siècle sur Job conserve à la Bodleain Library de Oxford (Survey, no. 40, pl.136) et peut-être aussi le “Livre de Nunnaminster” des VIIIe et IXe siècle qui a appartenu à l’épouse du roi Alfred (Survey, no. 41, pl. 139). Les manuscrits insulaires décorés de cette époque sont d’une insigne rareté en mains privées. Les derniers trouvés sur le marché sont les suivants: un bi-feuillet du VIIIe siècle extrait du manuscrit dit “Sacramentaire de St. Boniface” avec 4 initiales, vendu chez Sotheby’s, 4 décembre 2007, lot 44 (250,000 pounds); et le fragment d’un bi-feuillet extrait de la Historia d’Eusèbe avec une petite initiale, vendu chez Sotheby’s 25 juin 1985, lot 50 (Wormsley Library). provenance 1 - Sur des bases paléographiques, E.A. Lowe considère que ces feuillets proviennent de Worchester: “The Anglo-Saxon script has some resemblance to Mercian charters and Nicholson’s guess of a Worcester origin may not be wide of the mark” (Lowe, Membra Disiecta, p. 191). Toutefois, Gwara situe son origine à Glastonbury (Gwara, Aldhelmi, 2001), avec des manuscrits du stemma codicum ayant été réalisés dans cette région. En 800, la région du Mercia se situait à équidistance dans le temps entre l’âge d’or de Bede en Northumbria et l’unification de l’Angleterre sous Alfred et les rois du Wessex. C’est la période de gloire du Mercia sous le règne du roi Offa (mort en 796), roi de Mercia et seigneur de toutes les provinces au sud du Humber. Charlemagne l’appelle “frère” dans sa correspondance et tenta de faire marier son fils avec une des filles du roi Offa. Ce dernier fut un grand mécène et les centres culturels et monastiques de Mercia ont produit à la fin du VIIIe et IXe des manuscrits importants dont le superbe Psautier de Vespasien (British Library, Cotton, Vesp.A.i) ou le Codex Aureus (Stockholm, Royal Library, MS.A.135). C’est dans ce milieu que fut produit le manuscrit duquel provient notre bi-feuillet, sans doute pour un mécène ou fondation monastique réputé.
2 - A partir de la seconde moitié du Xe siècle, le volume a rejoint Canterbury où il fut augmenté de gloses en langue ango-saxonne avec des caractéristiques du dialecte du Kent. Le manuscrit d’où provient ce bi-feuillet pourrait être les deux volumes recensés dans l’inventaire du XIIe siècle de Christ Church à Cantorbury sous l’entrée “Aldelmus de laude uirginum” (James, Ancient Libraries, 1903, pp. 21, nos. 47-48). Saint Dunstan, érudit et chroniqueur de la cour du roi Edgar, collectionneur de livres et la force motrice derrière la réforme des monastères anglais, fut nommé abbé de Glastonbury peu après 940, puis fut évêque de Worcester en 957 pour ensuite devenir archevêque de Canterbury peu après. Pour Dunstan, la figure et les écrits de saint Aldhelm occupaient une grande importance : Dunstan fut un promoteur actif de son culte et joua un rôle dans la translation des reliques de saint Aldhelm de Malmesbury à Canterbury. Le thème traité dans l’ouvrage De laude virginitatis qui fait l’éloge aussi de la réforme et bonne conduite monastique a très certainement aussi retenu son attention. Enfin il semble peu probable qu’un ouvrage de cette importance conservé dans les bibliothèques des deux diocèses que Dunstan a fréquenté puisse lui avoir échappé. De par son ancienneté, il est possible que l’on ait cru que le manuscrit remontait à l’époque de saint Aldhelm, bénéficiant ainsi d’un statut de quasi-relique. 3 - Le manuscrit fut démembré au début du XIXe siècle, sans doute à Brighton par un libraire nommé J. Bohn (R. Collins, Anglo-Saxon Vernacular MSS. in America, 1976, p. 34). S.W. Singer (1783-1858) a fait l’acquisition en 1827 d’une poignée de feuillets : Bohn s’en servait comme emballage ou reliure pour des livres imprimés. Singer a présenté un feuillet à Sir Thomas Phillipps (1792-1872), qui fit l’acquisition des autres feuillets Singer dans les ventes des collections de Richard Heber en 1836 (lot 32), et de Guglielmo Libri en 1859 (lot 111). Phillipps les fit relier sous la cote MS 8071, et vendu chez Sotheby’s 25 novembre 1969, lot 442, à Yale University, Beinecke, MS 401 + 401A. Les feuillets conservés à Cambridge (Cambridge University library, MS Add. 3330) furent également acquis auprès de J. Bohn et un feuillet provient de chez W.V. Daniel. La Bodleian Library acquiert son premier feuillet en 1895, puis en 1942 et 1965 (MS Lat., th.d.24, fols.1-24 + Arch. A.f.131). Le British Museum fit l’acquisition en 1841 d’un premier feuillet provenant d’une couverture d’ouvrage du XVIIe siècle puis un autre ouvrage imprimé couvert de manière semblable (Add. MS 50483K + 71687, les couvertures des volumes suivants : Bornitius, Emblemata ethico politica, Mainz, 1669, cote 637.d.23, and John Jones, Our Saviour’s Journey to the Gadarens, 1615, cote C.123.a.29). Enfin on trouve un feuillet à la Free Library de Philadelphie (J.F. Lewis collection, MS ET121) avec la mention suivante : “Given to me by Mr R. Contan, Mar. 1855”. En tout 38 feuillets sont conservés dans six bibliothèques (voir la reconstitution proposée par Gwara, Aldhelmi, 2001, pp. 87-90). Le bi-feuillet proposé ici est le seul connu encore en mains privées. 4 - Notre bi-feuillet fut acquis par Wilfred Merton (1888-1957) du marchand Tregaskis, sans doute en 1921 (voir sa vignette ex-libris portant la date de 1921 sur la contre-garde supérieure). Bernard Breslauer en a fait l’acquisition lors de la succession de Merton (cat. 90, 1958, no. 3); vendu à H.P. Kraus (cf. Rare Book Saga, 1979, p. 210); Catalogues H.P. Kraus cats. 88 (1958), no. 5, et 95 (1961), no. 3, vendu à Dr Peter Ludwig (sa vignette ex-libris signée Hans Erni: Ludwig MS XI,5; une seconde vignette ex-libris sur le recto de la première garde : “Irene and Peter Ludwig. Aachen”); vente de la “Sammlung Ludwig” au J. Paul Getty Museum, CA. en 1983; vendu chez Sotheby’s, 6 décembre 1988, lot 33; Collection Martin Schøyen MS 197. bibliographie E.A. Lowe, “Membra Disiecta”, in Revue Bénédictine 39 (1927), no. 89, pp. 191-192; H. Meritt, “Old English Aldhelm Glosses”, in Modern Language Notes 66 (1952), pp. 553-554; N.R. Ker, Catalogue of Manuscripts Containing Anglo-Saxon (1957), no. 12, pp. 10-11; H. Meritt, “Old English Glosses, Mostly Drypoint”, Journal of English and Germanic Philology 55 (1961), p. 441; T.E. Marston, “The Earliest Manuscript of St. Aldhelm’s De Laude Virginitatis”, Yale University Library Gazette 44 (1970), pp. 204-06; L. Goosens, The Old English Glosses of MS.Brussels, Royal Library, 1650 (1974), p. XIV and no. 9, p.19; R.L. Collins, Anglo-Saxon Vernacular Manuscripts in America (1976), no.1b; N.R. Ker, “A Supplement to the Catalogue of Manuscripts”, Anglo-Saxon England 5 (1976), no.12, p.122; W. Cahn and J. Marrow, « Medieval and Renaissance Manuscripts at Yale », Yale University Library Gazette 52 (1978), no. 3, pp. 178-9; H. Gneuss, “A Preliminary List of Manuscripts Written or Owned in England up to 110”, Anglo-Saxon England 9 (1981), no.857, pp.48 and 54; A. von Euw, Die Handschriften der Sammlung Ludwig, III (1982), pp.66-69; Acquisitions, Supplement: Manuscripts’, The J. Paul Getty Museum Journal 12 (1984), p.296, no.77; B.A. Shailor, Catalogue of Medieval and Renaissance MSS. in Beinecke Rare Book and Manuscript Library, II, 1987, p.282; J. Griffiths, ‘Manuscripts in the Schøyen Collection copied or owned in the British Isles before 1700 », English Manuscript Studies, 5, 1995, pp.39-40; S. Gwara, « Manuscripts of Aldhelm’s Prosa de Virginitate and the Rise of Hermeneutic Literacy in Tenth-Century England », Studi Medievali 35 (1994), pp.101-59; W.P. Stoneman, « ‘Writ in Anglo-Saxon Character and of No Further Use ’: AngloSaxon Manuscripts in American Collections », in The Preservation and Transmission of Anglo-Saxon Culture, 1997, pp.103 and 106; S. Gwara, Aldhelmi Malmesbiriensis Prosa de virginitate cum glosa latina atque anglosaxonica, 2001, I, pp.85-94; H. Gneuss, Handlist of Anglo-Saxon Manuscripts: A List of Manuscripts and Manuscript Fragments Written or Owned in England up to 1100 (2001), no.857; J. Ringrose, Summary Catalogue of the Additional Medieval Manuscripts in Cambridge University Library, 2009, p. 20; D. Scragg, A Conspectus of Scribal Hands Writing English, 960-1100, 2012, p.19, nos. 225-26.
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