Lot 281
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HONORÉ DAUMIER (1808-1879)

L'Avocat

Aquarelle gouachée
Porte une inscription «H Daumier/(...) - biseau anglais - / (...)» au verso
Sur papier filigrané «WHATMAN 1859»
17,20 x 13,20 cm
Sans cadre

PROVENANCE:
- Collection Roger Marx, Paris
- Sa vente, Paris, Galerie Manzi, 11-12 mai 1914, n° 119
- Collection Dikran Kelekian
- Sa vente, New York, Parke-Bernet, 13 mai 1953, n° 16
- Chez Fine Arts Associates, New York
- Chez Grace Borgenicht, New York
- Vente anonyme; Paris, Artcurial, 28 mars 2012, n°225

BIBLIOGRAPHIE:
Erich Klossowski, Honoré Daumier, Munich, 1923, p. 102, n° 177 Q K. E. Maison, Honoré Daumier. Catalogue raisonné of the paintings, watercolours, and drawings, Paris, 1968, vol. II, p. 209, n° 630, repr.

Avocat du peuple, pourfendeur des élites et des travers mesquins du bourgeois, Daumier a passé le plus clair de son temps à vouloir rendre justice aux plus faibles par ses caricatures. Devant ses charges qui paraissent dans le Charivari, la France se gondole.
Méconnu en tant qu'artiste, Daumier meurt dans l'indigence: «Nous nous occupons du brave Daumier, un des méconnus de notre époque. S'il avait consenti au quart de la réclame qui a été faite pour X ou Z, il serait millionnaire.» (voir Moreau-Nélaton, «Bonvin raconté par lui-même», Paris, 1927, p. 101). Sa première Exposition de peintures et de dessins eût lieu en 1878, un an avant sa mort, grâce au soutien de quelques amis fidèles. Elle fut déficitaire de 4 000 francs, comme si les génies de la peinture avaient voulu le faire trébucher une dernière fois avant sa mort.
Notre dessin provient de la célèbre collection Roger Marx, un des premiers collectionneurs de dessins de Daumier, et l'instigateur de la mise en avant de Daumier lors de la «Centennale» de 1900.
Pour son fils, Claude Roger-Marx, la profusion de dessins acquis par son père fut une révélation: «J'ai vécu dès ma plus tendre enfance dans une intimité quotidienne avec l'univers palpitant de Daumier. À une époque où on ne le considérait que comme un «drôle», mon père avait pu acquérir deux cartons de dessins et d'esquisses miraculeusement échappés à la destruction. On faisait alors si peu de cas de ces premières pensées, comme des études peintes, que presque toutes auraient été, dit-on, jetées par sa veuve à la poubelle.» (voir Claude Roger-Marx, «L'Univers de Daumier», Les Carnets de Dessins, 1972, p. 62). Notre dessin provient certainement de ces cartons à dessins achetés par Roger-Marx père.

Après avoir été renvoyé du Charivari en 1860, Daumier se retrouve sans ressource. Il commence alors à exécuter des dessins dans le but de les vendre à la pièce: «Daumier est en ce moment dans une gêne cruelle. Il y avait chez Geoffroy une dizaine de ces dessins qu'il vend 50f.» (voir Philippe Burty, Croquis d'après nature, Paris, 1897, p.20-21). Il réalise alors, une série d'aquarelles sur l'un des thèmes les plus emblématiques de ses caricatures: Les gens de justice. Notre feuille s'incorpore dans cette série, et plus précisément dans le groupe d'esquisses traitant des plaidoiries des avocats. Tout l'art de Daumier est de rendre présente la foi de l'avocat en sa cause au travers de sa théâtralité gestuelle. Les effets de manche, les exaltations arbitrales, les vocalises du sentiment: toute la science de la plaidoirie se retrouve synthétisée dans l'éloquence du trait de Daumier.
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