Lot 214
200 000 - 300 000 €
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SERGE FÉRAT (1881-1958)

Nature morte, Lacerba, 1913

Huile sur toile et collage, signée en bas à droite et contresignée au dos
53,5 x 65 cm - 21 x 25 5/8 in.

Oil on canvas and collage, signed lower right and countersigned on the reverse

PROVENANCE
Collection Haba et Alban Roussot
Vente Artcurial Hommage à Serge Férat, Paris, 22 octobre 2007
Collections Aristophil

EXPOSITIONS
Paris, Champ de Mars, Salon des Indépendants, 1er mars - 30 avril 1914, n° 1144 ou 1145, sous le tître Nature morte
Paris, Grand Palais Champs-Elysées, Trente ans d'art indépendant, Rétrospective (1884- 1914), 20 février - 21 mars 1926, n°3
Paris, Galerie de Beaune, Férat, 1938
Musée de Saint-Etienne, Saint-Etienne, Cubistes, 1950
Musée de Saint-Etienne, Saint-Etienne, 24 avril - 30 mai 1955
Paris, Galerie Pro Arte, Serge Férat.
Gouaches, 30 mai - 28 juin 1958
Rome, Palazzo Barberini, Guillaume Apollinaire et ses amis, décembre 1960
Paris, Galerie Lucie Weill, Jean Crotti.
Serge Férat, 8 au 25 janvier 1963

Musée des Beaux-Arts, Houston, Les
Années héroïques, 1965 Los Angeles, Los Angeles County Museum of Art, The Cubist Epoch, exposition itinérante, 15 décembre 1970 - 21 février 1971 & The Metropolitan Museum of Art, New-York, 7 avril - 7 juin 1971, n° 88 du catalogue commun sous le titre Nature morte au violon
Paris, Musée Jacquemart André, La Ruche et Montparnasse, 22 décembre 1978 - 1er avril 1979, n° 41
Paris, Centre Pompidou, Moscou - Paris, 1980
Tokyo, Exposition Guillaume Appolinaire, 1980
Rome, Galerie Nationale d'Art Moderne, Guillaume Apollinaire et l'avant-garde, 18 novembre 1980 - 5 janvier 1981
Paris, Grand Palais, Salon d'automne, La grande aventure de Montparnasse, 1912- 1932, 7 - 23 novembre 1986, n° 143
Paris, Galerie Michèle Heyraud, Serge Férat. Oeuvres cubistes, 15 septembre - 21 octobre 1989
Paris, Pavillon des Arts, Guillaume Apollinaire. Critique d'Art, 1993
Paris, Galerie Berès, Au temps des cubistes, 20 octobre 2006 - 27 janvier 2007, n° 38

BIBLIOGRAPHIE
Pierre Daix, Le Journal du Cubisme, Editions d'Art Albert Skira, Genève, 1982, repr. p. 142
Jean-Jacques Levêque, Le Quotidien de Paris, 13 septembre 1989, repr

SERGE FÉRAT (1881-1958)
Originaire de Moscou, Serge Férat, qui est en réalité le comte Serguei Nikolaïevitch Yastrebzov, voyage en Angleterre, en France, en Italie ou encore en Allemagne avant de s’installer définitivement à Paris en 1900. A l’Académie Julian où il s’est inscrit, il suit les enseignements de Bouguereau et fréquente l’atelier du portraitiste des grands de son temps, Marcel Baschet. A l’Académie, il forme un tio inséparable avec Hélène d’Oettingen qui deviendra sa maîtresse, et Ardengo Soffici. Jusqu’à sa confrontation aux avants gardes en 1905, son oeuvre reste relativement académique, dominée par des paysages russes.
Ses premières toiles, signées Roudniev, exposées au Salon des Artistes Français en 1905 sont marquées par l’influence de Maurice Denis. Jeune homme brillant, il tient salon et s’entoure rapidement de l’élite artistique et littéraire (Picasso, Apollinaire…) avant-gardiste de son temps. Dès 1905, il commence à constituer sa collection personnelle où se côtoient le Douanier Rousseau, Picasso ou encore Braque.
A partir de 1911, année où Apollinaire qui l’a pris sous son aile lui suggère le pseudonyme de Ferrat sous lequel les amateurs le connaissent désormais, c’est le Cubisme naissant qui le séduit. Le rôle qu’il joue dans sa diffusion est indéniable, quoiqu’il ne renie pas les influences des peintres du Quattrocento que Maurice Denis avait reconnues et approuvées en voyant ses oeuvres. Ses natures mortes sont exposées au salon des Indépendants à Genève et il intègre la Section d’Or à Paris. Après s’être engagé comme infirmier volontaire dans les ambulances russes pendant la guerre, il se lance en 1917 dans la réalisation des brochures, des décors et des costumes pour les Mamelles de Tirésias d’Apollinaire, avec qui il avait déjà collaboré, lors de publications journalistiques, avant la guerre. Ces brochures et décors marquent une forme de distanciation par rapport au cubisme « Serge Férat, profondément rompu aux exercices du cubisme arrive à cette période exquise ou le jeu consiste à boucler la boucle, c’est-à-dire exécuter un tour complet sur soi-même… Les dessins de Serge Ferat ne relèvent d’Aucune école. Sa méthode se résume à l’Amour, Amour de dessiner ? Amour de la nature ? Je ne sais pas. L’un et l’autre se confondent. » (Jean Cocteau)
La révolution russe signe toutefois la fin de sa vie faste. Roché lui vient en aide notamment en lui organisant des expositions sur tous le globe tandis que son ami Charles Rocherand lui commande de nombreuses gouaches ainsi que des panneaux décoratifs. En 1937 a lieu l’Exposition Internationale des Arts et Techniques, occasion pour bien des peintres d’intégrer leurs créations artistiques à des architectures. Avec Survage, il aide Delaunay à réaliser les Décors des Palais des Chemins de Fer et de l’Aviation.
Les oeuvres de Ferrat sont (re)découvertes, pour leur cubisme empreint du style, très personnel, de l’artiste.

Serge Férat, born in Moscow as Count Sergei Nikolayevich Yastrebzov, travelled in England, France, Italy and Germany before finally moving to Paris in 1900. After entering the Académie Julian, he was taught by Bouguereau and regularly visited the studio of Marcel Baschet, the portraitist of all the major figures of the time. At the Académie, he formed an inseparable trio with Hélène d’Oettingen (who became his mistress) and Ardengo Soffici. Until he came into contact with the avant-gardes in 1905, his work remained relatively academic, dominated by Russian landscapes.
His first paintings (as Rudnyev) exhibited at the Salon des Artistes Français in 1905 betrayed the influence of Maurice Denis. The brilliant young man held a salon and rapidly surrounded himself with the artistic and literary avant-garde elite of the time, including Picasso and Apollinaire. In 1905, he started a private collection that included works by Douanier Rousseau, Picasso and Braque.

In 1911, the year when Apollinaire suggested adopting the pseudonym Ferrat, as which he is now known, he was strongly drawn to the newly emerging Cubism. He played an indisputable role in perpetuating the movement, although he never renounced the influence of the Quattrocento painters Maurice Denis had recognised and applauded in his works. His still lifes were exhibited at the Salon des Indépendants in Geneva, and he joined the Section d’Or in Paris.

After volunteering as a nurse with the Russian ambulances during the war, in 1917 he began producing brochures, sets and costumes for Les Mamelles de Tirésias by Apollinaire, with whom he had already collaborated in journalistic publications before the war. These brochures and sets marked a certain move away from Cubism. “Serge Férat, highly experienced in all the exercises of Cubism, has reached an exquisite period where the game has come full circle, meaning that he has turned completely around on himself… Serge Ferat’s drawings owe their allegiance to no school. His methods can be expressed in a word: Love: Love of drawing, Love of nature? I don’t know: the two are indistinguishable.” (Jean Cocteau)

However, the Russian Revolution brought an end to this comfortable life. Roché in particular came to his aid, staging various exhibitions all over the world, while his friend Charles Rocherand commissioned numerous gouaches and decorative panels from him.

In 1937, the World Exhibition of Art and Technology provided an occasion for several painters to incorporate their work into the architecture. With Survage, Férat helped Delaunay with the decoration for the Railway and Aviation Palace.

Férat’s works, now (re)discovered, are remarkable for their Cubist approach imbued with a highly personal style.

Il s’agit ici de l’une des oeuvres majeures de l’artiste. Elle marque l’aboutissement des théories cubistes et ses évolutions tout en soulignant l’importance cruciale du journal florentin du même nom. Lacerba est en effet une revue italienne bimensuelle, étroitement liée à l’histoire de la diffusion du futurisme italien fondée par Soffici, ami proche de Serge Férat et Hélène d’Oettingen avec lesquels il a étudié.
L’idée de fragmenter l’objet peint séduit peintres et poètes, qui en adaptent les théories à leurs écrits : ôter à l’objet sa valeur de représentation, s’affranchir de toute directive artistique pour lui offrir une liberté totale et explorer toutes les possibilités qu’offrent la non-seulement la réalité, mais aussi l’imagination et le rêve. Ferat pour sa part adhère à ces principes libertaires dès les années 1910. Lacerba est le premier envoi «cubiste » pour ainsi dire qui fait parler de lui dans les journaux. L’intransigeant d’abord accueille quelques lignes d’Apollinaire à propos du tableau : «Voici Edouard Ferrat (…) dont les débuts sont très remarqués. Compositions d’un beau coloris qui promettent des oeuvres importantes ». L’Echo Français, lui, s’offusque devant cette oeuvre : un anonyme dénonciateur rédige un pamphlet qui alimente les polémiques autour de la toile, et accuse le jeune artiste de plagier une nature morte de Picasso Pipe verre et bouteille de vieux marc, accusation vivement démentie par Apollinaire qui prend Ferat et ses amis sous son aile.
Il faut reconnaitre que le journal apparait dans bien des oeuvres des tenants du cubisme et leurs héritiers : Picasso achève au printemps sa nature morte Guitare et bouteille de vieux-marc (Lacerba). Soffici en 1913 avait lui aussi fait de son cher journal le sujet de deux toiles : Composizione (Lacerba) en 1913, où le titre est cassé en deux, et Simultaneita tiopografica en 1914 (exposée à l’Exposition de peinture futuriste en 1914 à Rome. D’autres artistes, Severini, Carra et Magnelli se prêtent également à cet exercice : Lacerba devient le terrain d’investigation de toute une génération qui veut explorer de nouveaux modes de composition, exploiter de nouveaux matériaux et avant tout en faire le symbole de leurs revendications nouvelles.

This is one of the artist’s major works. It marks the final achievement of Cubist theories and developments while emphasising the crucial importance of the eponymous Florentine publication. Lacerba was a fortnightly Italian review which played a considerable role in the spread of Italian Futurism. It was founded by Soffici, a close friend of Serge Férat and Hélène d’Oettingen, with whom he had studied.

The idea of fragmenting the object in the art work appealed to painters, and to poets too, who adapted these theories to their writing: eliminating the representational aspect of the object and abandoning any artistic directives in order to achieve total freedom and explore all the possibilities offered by not only reality, but also the imagination and dreams.

Férat himself subscribed to these libertarian principles as from 1910. Lacerba was the first «Cubist» contribution that attracted attention in reviews. Firstly, L’intransigeant published a short article by Apollinaire about the painting: «Here we have Edouard Ferrat (…), who has made a much-remarked
entrance on stage. Compositions with fine colouring that promise significant works.» Meanwhile, L’Echo Français took offence at the work: an anonymous denouncer wrote a pamphlet that added fuel to the polemic around this painting, accusing the young artist of plagiarising a still life by Picasso, Pipe verre et bouteille de vieux marc – a charge vehemently refuted by Apollinaire, who took Féerat and his friends under his wing.

The review appeared in many works by exponents of Cubism and their heirs. In the spring, Picasso completed his still life Guitare et bouteille de vieux-marc (Lacerba). Soffici too included his cherished review in two paintings: Composizione (Lacerba) in 1913, where the title is split up, and the 1914 Simultaneita tiopografica, shown at the exhibition of Futurist painting in Rome that year. Other artists like Severini, Carra and Magnelli followed suit. Lacerba became a field of investigation for a whole generation who wanted to explore new methods of composition, try out new materials and above all make it the symbol of their new claims.

 
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